Les professionnels du numérique sont nombreux à adopter le statut de l’auto- entrepreneur pour développer leurs projets. Un statut qui colle à leur culture, pour le meilleur et parfois pour le pire.
Le statut d’auto-entrepreneur a la cote chez les professionnels du numérique. Dans ce domaine, « les trois-quarts des créations d’activités se font sous ce statut. Le numérique est l’un des secteurs où avec une bonne idée et peu, ou quasiment pas, de capital, on peut se lancer. Le statut de l’auto-entrepreneur est parfait pour cela. Cela marche bien, à voir le nombre de personnes qui ont déjà fait la trajectoire d’en sortir par le haut » estime Hervé Novelli, Secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME, du Tourisme, des Services et de la Consommation.
Ce 24 juin, à Paris, il participait à une table ronde sur le secteur numérique et l’auto-entreprenariat, avec Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat à la Prospective et au Développement de l’économie numérique, et quelques jeunes auto-entrepreneurs.
Un statut au temps du clic
Développeuse web, graphiste polyvalente, salarié à mi-temps ou à plein-temps, auto entrepreneur du soir… Le panel des jeunes pousses numériques est varié, tout comme leur trajectoire. L’une continue à cumuler ses activités personnelles avec un poste à plein temps. Le deuxième poursuit ses études. Le troisième a commencé par opter pour le mi- temps, avant de démissionner de son job, une fois son activité lancée. La quatrième a franchi un nouveau cap : elle vient de quitter son statut d’auto-entrepreneur, pour créer une société…Tous trouvent, en général, le nouveau statut simple. Et, pour démarrer, ils ont opté pour l’inscription en ligne. « Les formalités étaient relativement rapides. Comme je suis bercé par les nouvelles technologies, ce n’est pas difficile pour moi. La seule chose, c’est qu’il y a beaucoup de sites parasites, qui peuvent causer des problèmes » explique l’un d’eux. Des sites Internet « attrape auto-entrepreneurs », en effet, proposent d’effectuer les inscriptions au statut contre paiement, ou l’inscription dans des répertoires « bidons » - payante aussi, bien entendu. Un problème qu’admet Hervé Novelli : « l’auto-entrepreneur peut se faire arnaquer ». Au delà d’actions en justice « en cours » contre les arnaqueurs, le secrétaire d’Etat planche actuellement sur une politique de labellisation des sites Internet consacrés à la création d’entreprises.
Cela dit, la vraie difficulté du statut de l’auto-entrepreneur ne semble pas tant d’y entrer, que d’en sortir. C’est le récit d’une jeune professionnelle de la communication qui passe le cap supérieur, et crée une société après avoir vu décoller son activité. Au delà des procédures administratives qui se complexifient, le franchissement du seuil de chiffre d’affaires pose de multiples problèmes. « Certains clients le prennent bien, d’autres pas. Et les charges d’un auto-entrepreneur et d’une société ne sont pas du tout les mêmes » souligne la jeune femme. Pour Hervé Novelli, « le franchissement du seuil va devenir un point stratégique (…) Nous travaillons à l’accompagnement, y compris dans les relations avec les banques » explique le secrétaire d’Etat. De fait, le statut de l’auto-entrepreneur existant depuis dix-huit mois, ceux pour qui les affaires ont bien marché, se heurtent actuellement au fameux « plafond ». Autre souci mentionné, celui de la « crédibilité », notamment vis-à-vis des clients. Une question de temps, pour Hervé Novelli, « le statut s’installe. Peu à peu, la crédibilité va croitre, et les auto-entrepreneurs auront accès aux mêmes services que les autres ». Exemple : l’assurance en responsabilité civile. « Il y a des assurances qui se sont battues pour offrir une prestation. Lorsqu’il y a des centaines de milliers de clients, il est rare que cela ne suscite pas d’intérêt ».
Blues virtuel
Mais ces préoccupations sont communes à tous les auto-entrepreneurs. Une autre est peut- être particulièrement vivace chez les professionnels - et usagers - des technologies de l’information. « Je suis du matin au soir dans mon bureau. J’ai des moments de blues. J’aimerai faire du co-working. Ce n’est pas bien de rester enfermé. C’est assez déprimant » témoigne une jeune auto-entrepreneuse qui travaille chez elle, « au milieu de nulle part, dans les Vosges », mais en liaison quotidienne avec ses clients américains. Elle n’est pas la seule à apporter un tel témoignage. Les mails, messageries instantanées, webcam et autres moyens de communiquer que ces professionnels des technologies utilisent toute la journée n’y font rien, ou empirent peut être la donne. De fait, un autre a trouvé une solution qui lui convient : « rejoindre des amis chez eux, travailler ensemble ». La pratique n’est pas nouvelle chez les graphistes, rappelle Annick, « on se met à quatre pour louer un local, payer le loyer… » .
Pour les deux secrétaires d’Etat, il existe des réponses au spleen de l’auto-entrepreneur. Les télécentres, où l’on partage un espace de travail avec d’autres professionnels, proposent « une sociabilité supérieure à chez soi » souligne Nathalie Kosciusko-Morizet, qui cite l’exemple des télécentres déployés dans le Cantal. Reste que, pour l’instant, ces espaces sont peu développés en France.
Hervé Novelli, lui évoque les réseaux en constitution, qui peuvent fournir des opportunités de rencontre et de partage entre professionnels. « Il y a au moins deux réseaux : l’Union des auto-entrepreneurs et la Fédération des auto- entrepreneurs, qui regroupent plusieurs milliers de membres. Ils sont assez actifs, y compris au niveau local ». Le réseau, une autre logique qui appartient à la culture des utilisateurs des technologies de l’information.